Pourquoi choisir un accompagnement psycho-corporel pendant la grossesse ?

Quand une grossesse commence, il y a souvent une première période un peu étrange. On sait que quelque chose d’immense est en train de se produire, mais, concrètement, on attend. On compte les semaines, on regarde les échographies, on suit l’évolution du bébé sur une application qui nous explique qu’il a maintenant la taille d’un avocat, puis d’une mangue, puis d’un melon — ce qui semble être devenu une unité de mesure obstétricale tout à fait officielle.

Puis le ventre s’arrondit davantage et les questions arrivent. Certaines femmes se disent qu’il faudrait continuer à bouger, faire attention à leur corps, pratiquer une activité douce. D’autres commencent à ressentir du stress, des douleurs, de la fatigue ou une difficulté à ralentir. On leur conseille parfois le yoga, la respiration ou la relaxation. On suit aussi le parcours médical, les rendez-vous, et éventuellement les séances de préparation à la naissance. En France, sept séances de préparation à la naissance et à la parentalité sont d’ailleurs prévues et prises en charge par l’Assurance Maladie ; elles peuvent être individuelles mais sont souvent collectives. Tout cela est utile. Pourtant, je crois qu’il existe encore un espace entre être bien suivie médicalement et se sentir véritablement préparée à ce que l’on va vivre dans son corps, dans ses émotions, dans son couple et, ensuite, dans sa nouvelle vie de parent.

Pour ma première grossesse, je pensais être préparée

J’ai accouché de ma fille en juin 2010, à 30 ans, dans une maternité réputée notamment pour son approche physiologique. J’avais suivi les cours collectifs de préparation à la naissance et, sur le papier, j’avais fait ce qu’il fallait. Avec le recul, je comprends pourtant que j’attendais surtout que l’équipe médicale me guide le moment venu.Je n’avais pas réellement préparé mon propre accouchement. Je n’avais pas de projet de naissance construit, je ne maîtrisais pas vraiment la respiration et je ne savais pas quoi faire de mon corps lorsque les contractions deviendraient intenses. Mon col ne s’ouvrant pas assez vite au regard du rythme attendu, j’ai finalement eu une péridurale. Une zone au niveau du point de ponction est d’ailleurs restée insensibilisée depuis.

Mon compagnon était présent, mais lui non plus n’avait aucune idée de la manière dont il pouvait réellement m’aider. À sa décharge, nous ne l’avions pas préparé à cela. Il était là… avec ses sudokus. Aujourd’hui, la scène me fait sourire. Sur le moment, beaucoup moins.Il y a eu les déchirures, les douleurs, une récupération difficile, la canicule à l’hôpital, puis les débuts compliqués de l’allaitement avec les crevasses et les douleurs génitales. Au retour à la maison, je me suis retrouvée seule avec mon bébé, enfermée à cause de la chaleur, tandis que la vie professionnelle de mon conjoint reprenait rapidement son cours. De mon côté, j’avais la sensation qu’un tsunami venait d’arrêter brutalement la mienne.J’ai traversé une dépression du post-partum. Je raconte cette expérience aujourd’hui sans chercher à désigner un responsable. La maternité n’était pas “mauvaise”, et le suivi médical n’était pas absent. Mais je me rends compte que j’avais été préparée au suivi de ma grossesse bien davantage qu’à la manière dont j’allais traverser la naissance, le bouleversement corporel, émotionnel et relationnel qui l’accompagnait, puis le retour à la maison.

La deuxième fois, je n’arrivais plus avec les mêmes ressources

Entre mes deux grossesses, il y a eu des interruptions de grossesse, un travail psycho émotionnel et je me suis formée aussi au yoga prénatal. J’avais appris à mieux écouter le corps, à respirer autrement, à utiliser le mouvement et les positions, à traverser davantage l’intensité au lieu de simplement la subir. Mon deuxième accouchement a été très différent : un accouchement physiologique, sans péridurale, avec une connexion au corps et au bébé que je n’avais pas connue la première fois. Ma récupération a également été plus simple.Je ne raconterai jamais cette expérience comme une démonstration selon laquelle le yoga ou une bonne préparation garantiraient un accouchement physiologique. Ce serait faux, et parfois les interventions médicales sont nécessaires. La différence essentielle, pour moi, était ailleurs : cette fois, je ne me sentais plus seulement spectatrice de ce qui m’arrivait. J’avais des ressources auxquelles revenir.

Je ne raconterai jamais cette expérience comme une démonstration selon laquelle le yoga ou une bonne préparation garantiraient un accouchement physiologique. Ce serait faux, et parfois les interventions médicales sont nécessaires. La différence essentielle, pour moi, était ailleurs : cette fois, je ne me sentais plus seulement spectatrice de ce qui m’arrivait. J’avais des ressources auxquelles revenir.

C’est probablement là que s’est construite ma conviction actuelle : se préparer ne signifie pas chercher à contrôler l’accouchement. Cela signifie développer suffisamment de repères corporels, émotionnels et relationnels pour ne pas arriver totalement démunie face à l’imprévu.

Une grossesse ne concerne pas seulement le suivi médical

Le suivi médical reste évidemment le socle indispensable d’une grossesse. Il permet de surveiller la santé de la mère et du bébé, de dépister les risques et d’assurer la sécurité obstétricale. L’entretien prénatal précoce permet aussi d’aborder le projet de naissance, les inquiétudes, les difficultés psychologiques ou sociales et les besoins d’accompagnement.

Mais la grossesse est également une expérience corporelle, émotionnelle, psychologique et relationnelle. Le corps se transforme parfois très vite. Certaines femmes vivent difficilement la prise de poids ou la perte de certains repères physiques. D’autres, très sportives ou habituées à fonctionner à un rythme élevé, ont du mal à entendre qu’elles ont besoin de ralentir. Il peut y avoir de la fatigue, des peurs, des interrogations sur l’accouchement, le travail, le couple ou la maternité à venir.

C’est précisément là que l’approche psycho-corporelle prend tout son sens. Elle ne se substitue pas à la médecine. Elle complète le suivi en s’intéressant à la manière dont la femme vit concrètement cette grossesse.Une posture de yoga peut soulager un dos, mais elle peut aussi être choisie en fonction d’une morphologie particulière, du stade de la grossesse ou d’une sensation de tension spécifique. Une respiration peut aider à relâcher le corps, mais elle peut également devenir une ressource lorsque la peur monte. Un travail autour des émotions peut permettre de mettre des mots sur quelque chose que le corps exprimait déjà sous forme de crispation, d’agitation ou d’épuisement.

C’est cette articulation entre le corps, les émotions, le stress et la préparation concrète qui m’intéresse.

La santé maternelle tend elle-même vers une approche plus intégrative

Ces questions ne relèvent d’ailleurs plus uniquement du champ du “bien-être”. Les réflexions actuelles autour de la santé maternelle insistent de plus en plus sur la nécessité d’une prise en charge globale.Un exemple récent concerne le travail mené par Wounded Women sur le vécu de la césarienne. À partir d’une vaste enquête et d’un travail réalisé avec un collège pluridisciplinaire regroupant notamment professionnels de santé, chefs de service, associations et patientes, un livre blanc a formulé trente recommandations pour améliorer la prise en charge avant, pendant et après la césarienne. Il préconise notamment une prise en charge intégrative, à la fois physique et psychologique, ainsi qu’un suivi adapté pendant au moins six mois après l’accouchement. Ces recommandations ont été présentées à l’Hôtel-Dieu à Paris en novembre 2024. 

Ce travail concerne spécifiquement la césarienne, et il ne faut pas extrapoler ses résultats à toutes les naissances. Mais il met en lumière quelque chose qui me semble beaucoup plus large : le vécu d’une mère ne s’arrête pas au fait que “le bébé va bien” ou que l’acte médical s’est déroulé correctement. Le corps, le vécu émotionnel et les conséquences psychiques méritent eux aussi une attention réelle.Les données nationales sur le post-partum vont dans le même sens. En France, deux mois après l’accouchement, 16,7 % des femmes présentaient des symptômes de dépression et 27,6 % des symptômes d’anxiété dans l’Enquête nationale périnatale 2021. Au total, plus d’une femme sur trois présentait au moins l’une des manifestations de souffrance psychique étudiées. 

Les chiffres concernant le vécu traumatique de l’accouchement varient fortement selon les études et selon ce que l’on appelle “traumatique”. Un sondage britannique relayé par Santé Magazine rapportait par exemple que 79 % des personnes interrogées disaient avoir vécu un traumatisme lié à la naissance, mais il s’agissait d’un sondage auprès d’environ 1 000 personnes et non d’une estimation représentative de l’ensemble des accouchements.  Il me semble donc plus utile de retenir l’idée générale : le vécu physique et psychique de la naissance n’est pas un sujet marginal et mérite d’être préparé et accompagné avec sérieux.

Préparer le corps, mais aussi le système nerveux

Un accompagnement psycho-corporel ne consiste donc pas seulement à apprendre “quelques postures de yoga prénatal”. Il peut permettre d’expérimenter les mouvements qui soulagent, les positions dans lesquelles le bassin trouve plus de liberté, les respirations qui aident réellement à relâcher et les ressources qui pourront être retrouvées lorsque l’intensité augmente.C’est aussi l’occasion de travailler sur le stress. On peut savoir intellectuellement qu’il faudrait se détendre et pourtant sentir tout son corps rester en alerte. La régulation du système nerveux, la respiration, la visualisation, l’hypnose ou certaines pratiques somatiques permettent d’explorer concrètement ce qui aide cette femme-là à retrouver davantage de sécurité.

À l’approche du terme, ce travail peut devenir très pratique : respirations, positions, mouvement, gestion de l’intensité, ressources d’HypnoNaissance, gestes de soutien. Une dernière séance peut même être pensée comme une révision avant le jour J, afin que les outils ne restent pas des concepts appris quelques semaines auparavant.

Le partenaire ne devrait pas découvrir son rôle dans la salle de naissance

C’est probablement l’une des dimensions auxquelles je tiens le plus. Lorsqu’il y a un partenaire, je crois qu’il devrait être impliqué dans la préparation bien avant l’accouchement.Il ne suffit pas de lui demander d’“être présent”. Encore faut-il qu’il sache ce que cela peut vouloir dire. Comment soutenir une position ? Comment aider à relâcher ? Quels gestes ou massages peuvent faire du bien ? Comment accompagner la respiration ? Comment reconnaître que ce qu’il propose aide… ou commence sérieusement à agacer ?

Il doit également avoir un espace pour parler de son propre vécu. Le partenaire peut lui aussi être inquiet, avoir peur de mal faire, se sentir impuissant ou ne pas savoir quelle place prendre. Si la femme est seule à assister aux séances, elle se retrouve ensuite à devoir lui rapporter ce qu’elle a appris, expliquer ses besoins et parfois porter encore la charge de préparer celui qui est justement censé pouvoir la soutenir.Dans mon approche, le partenaire n’est donc pas un spectateur. Il apprend, expérimente et commence à prendre sa place. Pour les femmes qui vivent leur grossesse seules, l’enjeu est différent : il s’agit alors d’identifier les personnes et ressources qui pourront réellement constituer un soutien autour d’elles.

Préparer l’accouchement, c’est aussi préparer le passage de deux à trois

On prépare volontiers la chambre, la poussette, les vêtements, la valise de maternité et une quantité impressionnante d’objets dont certains ne serviront probablement jamais. En revanche, on prépare parfois beaucoup moins la transformation de la vie quotidienne.Qui fera quoi lorsque les nuits seront hachées ? Comment chacun imagine-t-il son rôle ? Comment la mère pourra-t-elle réellement se reposer ? Que se passera-t-il si l’allaitement est compliqué, si elle récupère difficilement ou si elle se sent submergée ? Comment le couple peut-il éviter que la mère devienne, dès les premières semaines, la cheffe de projet officielle du bébé, de la maison et de la survie générale ?Toutes ces questions ne permettent pas d’éviter toutes les difficultés. Mais les poser avant la naissance peut déjà faire évoluer la manière dont le couple se représente l’après.

C’est aussi ce qui m’intéresse dans l’idée d’une préparation intégrative : ne pas découper artificiellement la femme en morceaux. Il y aurait d’un côté le suivi médical, indispensable ; autour, d’autres dimensions peuvent être accompagnées par les professionnels compétents : activité physique adaptée, soutien psychologique, respiration, pratiques corporelles, travail émotionnel, accompagnement du couple et préparation à la parentalité.C’est principalement dans cet espace que je me situe.

Ce qu’un accompagnement psycho-corporel peut — et ne peut pas — faire

Je ne prétends pas qu’un accompagnement de ce type empêche un accouchement traumatique, une césarienne ou une dépression du post-partum. Aucune préparation sérieuse ne devrait promettre cela.Il ne remplace pas non plus une sage-femme, un médecin, un suivi obstétrical, un psychologue ou un psychiatre lorsqu’un tel accompagnement est nécessaire.En revanche, il peut permettre à une femme de mieux connaître son corps, de développer des ressources de régulation, de travailler certaines peurs, de préparer la naissance de manière concrète et de ne pas laisser son partenaire totalement démuni. Il peut aussi ouvrir plus tôt la conversation sur l’après et sur les besoins réels de la future mère.Pour moi, c’est déjà beaucoup.

Nous ne vivons parfois qu’une ou deux grossesses dans notre vie. Cette période mérite probablement autre chose que l’idée qu’il faut simplement “tenir neuf mois”, continuer comme avant le plus longtemps possible, puis laisser les professionnels nous dire quoi faire lorsque le travail commence.On peut aussi choisir de la traverser comme un véritable passage, en préparant non seulement la naissance d’un bébé, mais aussi la transformation de la femme, du couple et de la famille qui l’accompagne.

Pour aller plus loin

Si vous êtes enceinte et souhaitez un accompagnement personnalisé autour de votre corps, de vos émotions et de votre préparation à la naissance, je propose des séances Grossesse & naissance à Paris 8e et au Raincy. Elles peuvent associer yoga prénatal adapté, respiration, HypnoNaissance selon la méthode Mongan, régulation du stress, préparation corporelle et implication concrète du partenaire.→ Découvrir l’accompagnement Grossesse & naissance